« 20 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 53-54], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12026, page consultée le 24 janvier 2026.
20 juillet [1845], dimanche matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon Toto aimé et adoré, bonjour, mon adoré petit homme, comment
va ton cher petit bras ? Je t’attends avec impatience pour savoir si ce
papier miton mitaine1 t’a soulagé ou si ce n’est qu’une
mystification. À propos de mystification, je viens de recevoir une
lettre de mon beau-frère qui me demande ce qu’il y a de vrai dans les
bruits qui circulent à Lorient et à Brest sur toi ? Il paraît, autant
que je le puis voir sous la réserve qu’il met à me parler de cela, que
c’est de la stupide histoire de Mlle Plessy dont il
est question2. Je vais lui répondre tout de suite de se
tranquilliser et de n’ajouter aucune foi aux histoires de toute nature
qu’on se plaît à fabriquer sur toi. Comme ces pauvres gens sont très
inquiets, je vais leur écrire tout de suite. Je ne comprends pas
vraiment les gens qui inventent des histoires aussi peu vraisemblables
que celles-là. Il faut que le goût du mensonge soit bien fort pour ne
reculer devant aucune invraisemblance.
Je ne sais pas ce que le bon
Dieu et toi me réservez, mais je sais que je ne supporterais jamais une
trahison de toi et que ton indifférence me tuerait. Mon Victor adoré, tu
sais bien que j’ai mis toute ma vie en toi sans me rien réserver. Tu
sais aussi que jamais femme ne pourra t’aimer comme je t’aime. Tu en es
bien convaincu, n’est-ce pas ? Je t’adore.
Juliette
1 « Le qualificatif « miton mitaine » s’applique aux remèdes qui ne font ni bien, ni mal » (Blewer, p. 96).
2 « L’affaire du flagrant délit entre Victor Hugo et Léonie Biard avait été colportée, de façon plus ou moins allusive, par Le National, le 10 juillet et La Quotidienne le 11. Le 12 juillet, l’actrice Jeanne-Sylvaine Plessy s’enfuit de Paris avec le littérateur Auguste Arnould, au grand émoi des milieux dramatiques. Ce dernier fait divers n’avait en effet rien à voir avec Hugo » (Blewer, p. 96).
« 20 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 55-56], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12026, page consultée le 24 janvier 2026.
20 juillet [1845], dimanche après-midi, 4 h.
Mon cher petit Toto bien aimé, j’espère que tu n’es pas plus souffrant et que c’est ton travail seul qui te retient loin de moi ? Cependant je voudrais te voir pour en être plus sûre et pour t’embrasser une petite goutte. Est-ce que tu ne viendras pas bientôt ? Je suis encore seule avec ma Clairette mais peut-être que Mme Tissard et les petites Rivière viendront tout à l’heure, ce qui t’empêchera de rester avec moi, je le crains. Tandis que, si tu étais venu comme à l’ordinaire, tu aurais pu me donner un moment de joie. Pauvre amour, je te rabâche toujours la même chose et je sens que cela doit t’ennuyer au suprême degré. Mais aussi pourquoi ne viens-tu pas plus souvent et ne restes-tua pas davantage ? C’est ta faute. Tu n’as que ce que tu mérites, c’est bien fait, taisez-vous. Vous avez méprisé ma petite tasse, vous êtes une bête. Une autre fois je ne vous donnerai plus rien. Vous auriez dû l’emporter hier. Elle ne tient pas assez de place pour embarrasser et vous auriez très bien pu lui faire partager l’hospitalité que vous avez demandée à la chambre de Julie1. Je ne suis pas la dupe de vos délicatesses. Je vous en préviens. Aussi je ne suis pas contente. Je garderai ma tasse et je m’en licherai les barbes à votre nez de pair de France. Je ne suis pas si difficile, moi. Il est vrai que je n’en ai pas le droit comme vous. Je n’ai que celui de vous aimer et d’enrager depuis le matin jusqu’au soir et Dieu sait si j’en use. Baisez-moi, monstre d’homme, et venez tout de suite me baiser et je vous pardonnerai toutes vos impertinences déguisées. Je vous attends, dépêchez-vous, dépêchez-vous !
Juliette
1 S’agit-il de Julie Rivière ?
a « ne reste-tu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
